fmf écrit pour les enfants

Pas dodo, non !

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« Poupounet, il faut aller te coucher !

– Pas maintenant, maman, attends encore un peu ! »

Ca, je pense que tu connais ! Tu dois souvent avoir entendu cette phrase ! Sauf que ta maman ne t’appelle pas Poupounet ? Comment t’appelle-t-elle ? Mon trésor ? Mon poussin ? Mon bichon ? Mon cœur ?

Bon, continuons…

« Si, Poupounet, il faut aller te coucher, il est tard.

– Attends encore un peu, maman… Je finis juste cette page. »

Des prétextes, tu dois en avoir, toi aussi, pour ne pas aller te coucher ? Je suppose :

La page du livre à terminer.

Le dessin à terminer (pour l’anniversaire de papa ou pour la fête des pères, ça marche encore mieux, si je peux te donner un conseil, mais on ne peut s’en servir qu’une fois par an, hélas !).

La fin du dessin animé (mais, là, tu risques d’engager avec ta maman une dispute sur la télévision, et le temps que tu passes devant, et celui que tu ne passes pas à faire tes devoirs…).

Le chat avec ton copain sur facebook (là, aussi, tu risques d’engager avec ta maman une dispute sur facebook, le temps que tu passes devant, et celui…).

Je manque un peu de prétextes. C’est qu’il y a très longtemps, vraiment très longtemps, que ma maman ne m’a pas dit d’aller me coucher ! Si tu as, toi, des prétextes qui marchent vraiment bien, tu peux me les donner ? Voici mon adresse :

fmfecritpourlesenfants@gmail.com

« Poupounet, ça suffit maintenant ! Il faut aller te coucher ! Il va bientôt faire jour ! »

Ca, par contre, tu ne l’as certainement jamais entendu : « Il va bientôt faire jour » !

« Il fait déjà nuit », sûrement. Mais « il va bientôt faire jour », jamais, n’est-ce pas ?

Et pourquoi, à ton avis ?

Parce que Poupounet a réussi à repousser l’heure du coucher jusqu’au petit matin ?

Non !

Parce que ?

Parce que…

Parce que Poupounet est une… chauve-souris !

Et les chauves-souris, comme tu le sais, vivent la nuit.

Toi tu te lèves avec le jour et tu te couches avec la nuit.

Elles, elles se lèvent avec la nuit et se couchent avec le jour.

C’est une différence entre elles et toi. Pas la seule différence, mais quand même une différence importante !

Maintenant, il faut que je te parle de la famille de Poupounet et du grenier dans lequel elle vivait.

Reprenons mon histoire.

Poupounet vivait avec sa famille dans le grenier de la maison d’un écrivain. Il vivait là avec son père, sa mère et ses quatorze frères et sœurs. Poupounet était le plus jeune et le plus intrépide. 

Le grenier d’un écrivain est très encombré. C’est qu’un écrivain ne jette rien, il ignore même le sens du verbe jeter :

Jeterverbe transitif

Du latin jactare (« jeter »).

Se débarrasser d’une chose inutile, encombrante ou usagée.

Ex : Il a jeté son vieux pull et ses vieilles bottes à la poubelle.

Un écrivain conserve tout : son premier cartable et ses cahiers d’écolier, ses jouets  d’enfant, même les puzzles auxquels il manque des pièces, les papiers et les rubans des cadeaux de Noël, des timbres dans des pots à yaourt et des cartes postales dans des boites à chaussures, les couvercles des boites de camembert et surtout, comme il est écrivain, les livres, les magazines, les revues, les journaux… Et je ne te parle pas des vieilles machines à écrire qui n’écriront plus jamais rien, des assiettes ébréchées, des réveils sans aiguilles, des abat-jour sans pied de lampe et des pieds de lampe sans abat-jour, des fauteuils éventrés, des cartons de vêtements démodés et qui, lorsqu’il redeviendront un jour à la mode, seront dévorés par les mîtes… Tout ce que tu peux imaginer d’inutile ou d’inutilisable, tu le trouves à coup sûr dans un grenier d’écrivain ! Le contenu du grenier d’un écrivain rappelle le trésor d’un empereur inca ou d’un Pharaon égyptien, en moins précieux mais en plus amusant !

Pour te faire une idée plus précise encore, un grenier d’écrivain ressemble un peu à ta chambre ! Et comme l’écrivain, lui, n’a personne qui lui dise : « range ton grenier avant d’aller jouer », alors, forcément, il ne range jamais. Et ça s’empile, s’entasse, s’accumule, s’amoncelle, grimpant jusqu’aux ardoises du toit, masquant la lumière du vasistas, poussant les murs…

Régulièrement, l’écrivain de cette maison montait au grenier des « choses » qui l’encombraient. Mais, ceci ne faisait que lui permette de garder à nouveau autour de lui, dans son bureau, sa chambre, son salon, sa cuisine, ses toilettes, son entrée et son couloir, de nouvelles « choses » qui allaient vite envahir tout l’espace libéré. C’est pourquoi Poupounet vivait, dans ce grenier, avec sa famille, au milieu de vieux magazines, vieux livres, vieux tableaux, vielles gravures, vielles statuettes…

Et Poupounet s’était imaginé le monde des hommes à travers tout ce fatras !

Et il trouvait les hommes formidables.

Et il aurait tant voulu les rencontrer, qu’il ne rêvait que d’une chose : ne pas aller se coucher lorsque le jour se levait et découvrir ce monde merveilleux des hommes.

Il en parlait souvent avec ses frères et ses sœurs…

Ecoute, Poupounet qui parle des hommes à ses frères et sœurs ! Tend bien l’oreille car les chauves-souris ne parlent pas comme nous, à voix haute.  Elles ont un langage silencieux qu’elles seules entendent…

« Les hommes sont des êtres courageux et forts ! Il y en a un qui a, il y a très longtemps, a affronté un terrible géant, effrayant avec son œil unique au milieu du front ! Et un autre aussi, qui, il y a très longtemps aussi, est allé tuer, au fond d’un labyrinthe, un monstre moitié taureau, moitié homme, qui dévorait les enfants ! Et comme il était très, mais vraiment très, malin, il a réussi à sortir du labyrinthe. »

Car Poupounet était très intrigué par les couvertures de deux livres, posés côte à côte sur un vieux meuble servant de bibliothèque, tout encombré de vieilles revues écornées et de vieux ouvrages aux feuilles guettées par la moisissure :

« Les hommes sont des êtres audacieux, des aventuriers intrépides. Cette galette ronde qui luit la nuit tout en haut dans le ciel : ils y sont allés et ils en ont rapporté des trésors merveilleux ! »

Car il restait rêveur devant, jaunissant sur une malle, la une d’un vieux Paris Match :

« Les hommes descendent jusqu’au plus profond de la terre en se glissant dans des boyaux étroits. Ils ont atrocement chaud, ils ont terriblement soif, mais rien ne les arrête car ils sont à la recherche de pierres précieuses pour les couronnes des rois et les bagues des reines. »

Car il était admiratif devant une photo punaisée sur une poutre :

« Les hommes sont beaux comme des dieux et leurs femmes sont belles comme des fées. Les hommes sont très musclés et leurs femmes sont très douces : leur peau est douce, leur voix est douce, leurs cheveux sont doux ! »

Car il passait des heures à contempler la reproduction d’une très vieille statue grecque, sur une étagère poussiéreuse, représentant un athlète, et une petite gravure colorée, accrochée juste au-dessus, représentant une jeune elfe perchée sur une branche d’arbre au milieu des fleurs :

« Les hommes construisent des machines incroyables qui les emmènent à toute vitesse à travers le monde ou très haut dans le ciel. »

Car il était admiratif devant deux maquettes couvertes de toiles d’araignée en haut d’une armoire : un avion de ligne et une voiture de sport. Il avait vu une nuit un avion comme celui-ci griffer le ciel et une voiture comme celle-ci traverser le quartier en l’illuminant de ses deux grands yeux.

« Les hommes affrontent d’immenses étendues d’eau, prêtes à les engloutir, à bord de bateaux qu’ils rangent ensuite, dans leurs greniers, à l’intérieur de bouteilles. »

Car il était fasciné par un tableau accroché près de la lucarne (dont le nom, œil-de-beuf, le faisait bien rire), et une curieuse bouteille sur un banc brinquebalant :

Les hommes, les hommes, les hommes… Poupounet n’en finissait pas ! Ses frères et ses sœurs l’écoutaient, parfois effrayés, souvent dévorés de curiosité, toujours admiratifs devant leur frère qui savait tant de chose sur ce monde, là, à leur portée, derrière la porte du grenier, mais pourtant peuplé de si étranges créatures ! C’est vrai qu’il aurait suffi, un matin, au lieu d’aller se coucher, de pousser la porte…

La maman de Poupounet pensait, tout simplement, qu’il avait peur de dormir dans la lumière, qu’il craignait que des monstres terrifiants profitent de son sommeil pour sortir de dessous son lit, prêts à le dévorer. Alors, lorsque enfin il acceptait d’aller se coucher, elle lui tenait la main quelques instants et lui racontait une histoire pour qu’il glisse paisiblement dans le sommeil. 

Un matin, alors que tout le monde s’était endormi paisiblement dans le grenier, Poupounet fut réveillé par la caresse d’un léger souffre d’air sur le bout de son nez. L’écrivain, qui venait de terminer son dernier roman, avait décidé de faire un grand rangement dans son bureau et, pour commencer, était monté déposer quelques vieux objets et vieux livres dans un coin. Il avait trouvé, sans doute, que le grenier sentait le renfermé, alors il avait ouvert la lucarne, juste à côté de Poupounet. Celui-ci comprit que l’occasion était inespérée d’aller enfin découvrir le monde merveilleux des hommes. En trois coups d’aile, il était dehors.

Mais ce qu’il vit était bien loin de ce dont il rêvait du fond de son grenier… Où étaient donc passés les êtres forts et courageux, les créatures douces et magnifiques ? Et les voitures rutilantes ? Les avions scintillants ? Les bateaux aux voiles gonflées par le vent de l’aventure ? Partout, des gens courraient en tous sens, de façon désordonnée, risquant à chaque instant de se bousculer, s’entrechoquer, se renverser. Ils étaient vêtus de gris, leur peau était grise. Ils longeaient, sans échanger ni un sourire ni un regard, des murs sales, des devantures de magasins sombres ou obturées par un rideau de fer… Ils s’entassaient dans de grands autobus, les uns contre les autres, qui les emportaient dans leurs ventres pour sans doute aller les recracher quelque part, plus loin, en dehors de la ville…

Effrayé par cette vision, Poupounet rebroussa précipitamment chemin pour retrouver la quiétude de son grenier. Biens sûr, sa maman, qui s’était aperçu de son absence, était, comme disent souvent les mamans, « folle d’inquiétude » au bord du toit. Que crois-tu qu’elle fit ? Qu’elle entra dans une colère terrible ? Qu’elle punit Poupounet en le privant de tout et pour fort longtemps ? Comment ta maman t’aurait-elle puni, toi, si tu lui avais causé une telle peur ? C’est ce qu’elle s’apprêtait à faire, affichant son air le plus sévère, mais devant la tristesse de son fils, son cœur fondit. Elle avait connu la même déception lorsqu’elle était encore une petite chauve-souris et qu’elle aussi s’était échappée un jour ! Elle comprenait bien que la curiosité avait été plus forte que la sagesse et que maintenant la désillusion avait détruit les rêves. Alors, elle consola tendrement Poupounet. Ce sera notre secret, lui dit-elle. Nous n’en dirons rien à tes frères et sœurs. Laissons-leur leurs rêves, nous seuls, ton papa, toi et moi, connaîtrons la vérité sur ce que sont vraiment les hommes…!

Depuis, le soir, lorsque la maman de Poupounet s’apprête à raconter une histoire pour endormir tout le monde, ils échangent, elle et lui, un regard complice en ouvrant le livre. Et l’histoire peut commencer :

Il était une fois, il y a très, très, longtemps, dans un pays lointain, un prince, beau, riche et très courageux. Ce prince était le plus heureux des princes car il allait épouser la princesse du royaume voisin, belle, riche et très douce. Le mariage approchait, leurs parents avaient déjà scellé le traité entre les deux royaumes, immenses, riches et prospères. Le peuple se réjouissait en faisant rôtir des cochons de lait et cuire d’immenses tartes aux myrtilles, qui étaient le symbole du royaume du prince, et aux airelles, qui étaient celui du royaume de la princesse. Mais hélas, la veille des noces, sur un destrier couvert de poussière, un messager épuisé s’engouffra dans la cour du château. « Prince, souffla-t-il avant de s’évanouir, la princesse a été enlevée au plus profond des marais par le dragon Médisor ! » N’écoutant que son courage, le prince ordonna qu’on lui apporta son armure, son épée et que l’on fasse seller…

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