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Le Fameux mercredi des courses

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– Non, Minouchet, ce n’est vraiment pas possible, tu ne peux pas aller chez Didi mercredi après-midi. Je vais faire des courses avec tes sœurs en ville et j’ai besoin que tu nous accompagnes.

– Zut !

En fait, Minouchet ne pensa pas vraiment zut devant le refus de sa maman. Ce que Minouchet pensa vraiment, je ne peux pas l’écrire dans une histoire pour les enfants. Sinon, tes parents refuseront de poursuivre la lecture et te raconteront Le Petit Poucet ou Cendrillon que tu connais déjà par cœur. Ce que Minouchet a vraiment pensé, tu le trouveras certainement par toi-même !

– Mais, maman… Tous mes copains…

– N’insiste pas, Minouchet, c’est non ! Et tes copains, tu les verras la semaine prochaine, pour tes deux ans. Sois patient, ça va être un super anniversaire…

Deux ans, tu penses peut-être que c’est trop jeune pour un super anniversaire. Mais tu dois me faire confiance, je sais ce que j’écris. Pour un chat, un an correspond à sept ans pour un homme. Si tu calcules bien, puisque Minouchet va avoir deux ans de chat, ceci fait :

2 ans (de chat) X 7 ans (d’homme) = 14 ans (d’homme)

Tu vois, Minouchet pourra faire la fête avec ses copains pour ses deux ans. Pour la suite de l’histoire aussi, fais-moi confiance, je sais ce que j’écris.

Minouchet tenta tout… Rien n’y fit, maman ne céda pas… Pourtant, il tenta vraiment tout :

  • Tous mes copains y vont.
  • Je mettrai la table pendant un mois.
  • J’ai eu un 10 sur 10 en maths.
  • Les autres mamans, elles, elles acceptent.
  • C’est trop galère, les courses en ville avec les filles.
  • Tu as qu’à acheter sur internet.
  • J’irai pas chez Didi, mais j’irai pas faire les courses non plus, voilà.

Je suis sûr que Minouchet aurait pu faire mieux. Mais je n’ai pas trouvé d’autres arguments pour lui. Si tu en trouves d’autres, tu peux mes les proposer, à mon adresse : 

fmfecritpourlesenfants@gmail.com

Je les mettrai dans mon histoire. Mais, franchement, je ne pense pas que cela changera la décision de la maman de Minouchet.

Tu imagines les jours que Minouchet passa avant ce fameux mercredi des courses ! Certes, la préparation de son anniversaire l’occupa beaucoup : choisir le gâteau avec maman, penser avec ses sœurs à la décoration du jardin, préparer les jeux, faire la liste des bonbons et des sodas… Mais quelle déception quand même que de ne pas aller chez Didi pour essayer le nouveau jeu vidéo : Mouserix IV.

C’est vrai que ce jeu, Mouserix IV, moi, personnellement, je ne l’achèterais pas à mon fils, si mon fils était un chaton… Un jeu où tu es un super tueur de souris, je ne trouve pas cela très intelligent. Mais, les parents de Didi élèvent leurs enfants comme ils veulent. Je dis cela parce que je ne veux pas de reproches de la part de tes parents sur le choix de ce jeu. 

Surtout, surtout, lorsque Minouchet tomba sur la liste des achats que sa maman avait préparée et posée sur la tablette de l’entrée, il en frémit d’horreur à l’avance.

Ainsi donc, il devait venir juste pour une paire de chaussures. Son après-midi chez Didi fichu juste pour une paire de chaussures ! Et le reste de la journée, il lui faudra supporter la foule et la chaleur des magasins, les hésitations de ses sœurs et de sa maman devant des kilomètres de rayons, des montagnes d’étagères ! Minouchet se dit que les chaussures allaient devoir en valoir la peine, au moins ces baskets avec des dinosaures qu’il avait trouvées sur internet :

Les dinobaskets : des chaussures avec une semelle antidérapante
qui laissent derrière elles une empreinte de dinosaure !
Des chaussures dont l’œil du T-Rex en relief clignote quand on marche !
Les stars des cours de récréation !
Note : 9,5/10

Arriva ce fameux mercredi des courses. Et ce ne fut pas comme Minouchet l’imaginait. Non ! Ce fut pire !

Le métro était bondé.

Annabelle pensait qu’une cravate bleue pour papa serait très classe. Cerise pensait qu’une cravate rose serait plus originale. Maman trancha pour la rose. Puis, une fois dans la rue, elle retourna au magasin pour la changer et prendre la bleue. Et à chaque fois : emballage cadeau. La vendeuse n’en finissait pas de découper le papier à la bonne dimension, le plier, le scotcher, l’entourer d’un ruban, faire un gros nœud, coller une étiquette…

Cerise voulait un jeans noir. Celui qu’elle essaya, elle trouva qu’il lui faisait des grosses fesses. Le bleu électrique, à la rigueur, mais celui-là, elle trouva qu’il lui faisait de grosses cuisses. Le bleu délavé lui allait parfaitement, mais il était bleu délavé et le bleu délavé, ça craint.

Le midi, à la sandwicherie, il n’y avait plus d’américain-thon. Il ne restait que des américain-poulet. Et le Coca-Cola, c’était du Pepsi light !

Le magasin des robes était à un bout de la ville et celui des affaires de danse à l’autre bout.

Et le métro était toujours aussi bondé.

Le magasin qui vendait des socquettes à pois n’avait plus de pull vert. Beige, brique, camel, taupe, anthracite, bordeaux, bleu marine, bleu clair… Oui ! Mais plus de vert. Celui dans lequel on avait trouvé enfin un pull vert ne vendait pas de socquettes à pois. Avec des rayures, des étoiles, des poissons rouges, des fleurs, des petits cochons roses… Oui ! Mais pas de pois.

Les partitions, il fallait les commander, dit le vendeur. C’était bien la peine d’avoir attendu une heure que le monsieur qui voulait acheter une guitare pour son fils, hésitant ensuite entre un violoncelle et un synthétiseur, se décide finalement pour un harmonica.

Quelle galère ! rageait Minouchet en pensant à l’après-midi que passaient ses copains chez Didi.

Enfin, les courses touchaient à leur fin.

– A toi, Minouchet, maintenant, tes chaussures…

– J’ai vu une paire avec des dinosaures. On va voir…

– Non, j’ai choisi pour toi, Minouchet…

– Mais maman, on va voir à la boutique, là-bas, « magic mad runner ». C’est en face du…

– Non Minouchet, on va chez Monsieur Sabre Au Clair.

Chez Monsieur Sabre Au Clair ! Il ne manquait plus que cela pour achever Minouchet. Tu imagines une boutique qui s’appelle « Aux 1000 souliers » ! Avec des chaussures vernies pour les communions, les baptêmes et les mariages. Des chaussures bicolores que les vieux portent pour aller danser. Des sandales que les vieux portent avec des chaussettes l’été… Et le slogan peint sur la devanture : « Une chaussure achetée aux Mille souliers, c’est une chaussure pour la vie et même plus » !

Je n’ai pas trouvé de photo de la boutique de Monsieur Sabre Au Clair sur le net. Mais je pense, si j’en crois Minouchet, qu’elle doit ressembler à peu près à celle-ci :

On est en effet très loin du Magic Mad Runner, et pour les dinobaskets, ça semblait mal se présenter…

Quand on entre dans la boutique de Monsieur Sabre au Clair, la porte agite une petite clochette. Alors, monsieur Sabre au Clair sort de la réserve, toujours habillé d‘un impeccable costume gris à fines rayures, d’une chemise blanche, et d’une cravate sombre que rehausse la perle vert émeraude d’une épingle dorée. Il te regarde par-dessus ses petites lunettes, frise le coin de sa moustache et te déclare : Que puis-je faire pour  satisfaire vos désirs et vous combler de plaisir ?

– Mon fils va avoir deux ans, Monsieur Sabre au Clair.

– Je vois, je vois. Et pour ce grand garçon, je devrais dire ce grand chaton, comme pour son père, comme pour son grand-père, vous avez pensé à Monsieur Sabre Au Clair ! Assieds-toi mon bonhomme, je vais te servir une grenadine, l’instant est solennel !

Oui, l’instant était solennel. Car la surprise pour l’anniversaire de Minouchet, cette surprise que complotait toute la famille depuis des mois, qui ne souffrait aucune entorse au secret l’entourant, cette surprise c’était :

Ses premières bottes de chat botté !

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